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Education pour la vie, extraits de la lettre N°32 – Octobre 2011

Edito de Murielle Lefebvre

La première dame de France vient d’accoucher d’une petite fille.

La maman a 43 ans. Quelle merveilleuse expérience que celle de l’arrivée d’un bébé dans un couple d’adultes déjà expérimentés en parentalité. Cette petite fille a des parents mariés, des demi-frères issus de couples différents.

La notion de cellule familiale évolue dans notre société, tout comme l’expérience et la pratique de la parentalité.

Etre parents, cela peut arriver entre 16 et 60 ans ! Une belle durée pour s’informer, se former et vivre pleinement ce métier.

La réalité quotidienne nous rappelle cependant la difficulté de la tâche. De jeunes mamans désespérées et seules sont incapables de s’occuper de leur nouveau-né, des parents éreintés de fatigue secouent leur bébé pour essayer de lui faire comprendre leur détresse, ces signes graves nous alertent sur le besoin et de la souffrance dans ce métier de parents pour lequel nous n’avons pas été préparés. L’amour guide certes mais quand tout va bien : santé, famille et vie professionnelle. Nous voyons de plus en plus souvent le terme «soutien à la parentalité» dans les médias.

L’état s’intéresse au sujet, l’observatoire de la parentalité en entreprise (http://www.observatoire-parentalite.com/) en est une preuve concrète.

Comment concilier vie familiale et vie professionnelle ?

Comment répondons-nous à cette question ?

Certaines réponses se trouvent dans les principes éducatifs que nous brassons ensemble tout au long de nos échanges. De même, certains aspects de la parentalité ont été explorés et analysés par la pédagogie Montessori, il nous suffit de nous en inspirer…

A bientôt à tous

Cordialement, Murielle LEFEBVRE

ps) Nous cherchons des contributeurs à notre newsletter afin de la structurer plus, car vous nous dîtes en être satisfaits. Nous souhaitons aborder mensuellement un thème sur l’éducation en général, publier un article sur la pédagogie Montessori appliquée à l’une des trois tranches d’âges (0-3, 3-6, 6-12), puis appliquée au handicap. Si vous voulez partager vos lectures ou tout autre sujet proche de l’enfant, c’est avec plaisir que nous vous ferons une place dans notre publication mensuelle.
C’est grâce à vous et avec vous que nous pouvons avancer sur le chemin de la connaissance de l’éducation.

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« Comment tout cela est arrivé », 1942

Voici le résumé d’un exposé de Maria Montessori à ses étudiants le 6 janvier 1942, célébrant l’anniversaire de l’inauguration de la première Maison des Enfants.
Source non connue.

C’est aujourd’hui l’anniversaire de l’ouverture de la première Maison des Enfants. Quand je vous raconterai brièvement comment cela a commencé, cette histoire vous semblera être un conte de fées mais son message est : qu’elle puisse se révéler utile. 

Souvent, les gens demandent avec doute si la méthode s’adresse aux enfants pauvres et si elle s’adapte à tous les enfants. 

Pour que vous soyez capables de répondre à de telles questions, je voudrais que vous ayez une petite idée de comment notre travail a commencé, de la manière indirecte dont elle est survenue. 

C’est arrivé d’une manière étrange. J’y ai réfléchi longtemps et essayé d’en comprendre les raisons. Je ne sais pas s’il s’agit d’un signe du destin ou si c’est arrivé par le sort lui-même. Tout ce que je sais, c’est qu’il y a quelque chose à voir avec la Maison elle-même. Cela peut sembler curieux que je l’exprime de cette façon mais je le fais ainsi pour rendre claire la suite de l’histoire. 

Il y a quelques années, Rome était la capitale d’un état qui connaissait un développement très rapide, qui se manifestait par une manie pour la construction. Chaque petit espace disponible a été utilisé pour construire des maisons,  chaque petite parcelle. Un de ces espaces était délimité d’un côté par les vieux murs romains, témoins de nombreuses batailles, et de l’autre côté par un cimetière moderne. Cet espace était le dernier endroit à construire, sans aucun doute à cause de cette superstition selon laquelle on avait peu de chance de vivre près des morts, mais aussi par crainte des fantômes et aussi pour des raisons d’hygiène. 

Mais probablement en raison de la situation à la fois belle et historique, une société de bâtiment décida de risquer son argent à construire là. Le projet était formidable : cinq maisons à l’échelle de palaces, hautes de 5 ou 6 étages. Mais l’idée s’est révélée trop énorme de sorte que la société fit banqueroute avant la fin de la construction et le projet échoua. Le travail fut interrompu et laissé à l’abandon. Il n’y avait que les murs avec des ouvertures pour les portes et les fenêtres, il n’y avait pas de plomberie, l’ensemble ressemblant à un squelette. 

Durant plusieurs années, ce squelette énorme resta à l’abandon et négligé. Il devint un abri pour les sans-abris, une cachette pour les bandits qui souhaitaient éviter de se faire reconnaître et pouvaient facilement s’échapper dans ce labyrinthe s’ils étaient découverts. Des criminels de toutes sortes, voleurs et meurtriers y trouvaient refuge. Les gens y vivaient dans les mêmes conditions que les hommes des cavernes d’autrefois. 

Tous ceux qui étaient sans abri, et ceux qui voulaient se cacher, trouvaient refuge entre ces murs. Même la police n’y allait pas et n’osait pas, car elle ne retrouvait pas son chemin au milieu de ces murs sinistres de crime et d’horreur. 

Lentement, le nombre augmenta, jusqu’à des milliers de gens bourrés dans ces immeubles abandonnés. Des gens y furent trouvés morts, assassinés ou ayant succombé à des maladies : l’endroit devint un lieu générateur d’infections pour le pays entier ; un centre du crime et de la pire prostitution. 

Le « Quartier de San Lorenzo » devint connu comme la honte de l’Italie. Les gens avaient trop peur de faire quoi que ce soit ; personne ne savait ce qui se passait entre ces murs sombres. Il n’y avait pas de petites échoppes, aucun vendeur itinérant n’irait là pour vendre. Même le manœuvre ou le poissonnier le plus pauvre ressembleraient à des princes en comparaison, aussi pauvres qu’ils soient, ils auraient au moins des moyens d’existence honnêtes alors que ceux qui y vivaient dans l’obscurité n’avaient pas de travail, pas de moyens de paiement, leurs seuls moyens d’existence provenaient du crime. 

Le problème de faire évacuer cette fosse d’inhumanité réclamait une solution. Une autre société de bâtiment de banquiers très riche, prit le problème en considération et décida que, comme les murs étaient existants, une dépense modique serait nécessaire pour en faire quelque chose de fructueux. Le district, en raison de sa mauvaise réputation, ne deviendra bien sûr jamais un quartier à la mode. Par conséquent, il suffisait de simples rénovations pour le rendre habitable pour ces gens déjà si malheureux. Le considérant donc comme une entreprise commerciale, ils commencèrent par un immeuble qui abriterait un millier de personnes. Du lait de chaux fut utilisé, on ajouta des portes et des fenêtres, des canalisations d’eau et des égouts furent installés. 

On estima qu’à cet endroit vivaient au moins 10000 personnes, par conséquent comment pouvaient-ils faire la discrimination pour choisir les meilleurs ? Ils choisirent les personnes mariées en raison de leur relation, qui faisait d’eux les plus humains. Il y avait très peu d’enfants. Cela semble peut-être logique que dans de telles conditions, bien qu’il y avait des milliers d’hommes et de femmes, il n’y avait que cinquante enfants. 

Mais ces enfants, si sauvages et si peu civilisés qu’ils étaient, présentaient un sérieux problème de dommage aux maisons. Laissés seuls pendant que les parents travaillaient, ils étaient libres de se livrer à toute fantaisie sauvage. Alors le directeur décida que la seule chose évidente pour les empêcher de faire des sottises était de rassembler les enfants et de les enfermer. 

Une pièce ressemblant de près à une prison pour enfants a été réservée à cet effet. On espérait trouver une personne ayant suffisamment de courage pour s’attaquer au problème. 

En raison de mon aptitude de médecin du travail pour l’hygiène, on me proposa de m’intéresser au travail. Après avoir évalué la situation je fis la demande pour que les aides les plus rudimentaires en matière d’hygiène, de nourriture et d’installations sanitaires soient mises à disposition. 

A cette époque, il était devenu à la mode parmi les dames de la haute société d’apporter sa contribution en matière d’élévation sociale. Elles ont été sollicitées pour entreprendre une action dans le but de collecter des fonds, parce que nous étions confrontés à une situation difficile : alors que les banquiers avaient donné leur accord pour investir de l’argent afin d’améliorer la situation de l’habitat, ils n’étaient pas du tout intéressés par l’éducation. On ne pouvait ni espérer quelque retour en argent,  ni une quelconque mise dans un but éducatif. 

Bien que la société avait embrassé l’idée d’améliorer la condition de ces pauvres gens, les enfants avaient été oubliés. Il n’y avait pas de jouets, pas d’école, pas d’enseignants. Il n’y avait rien pour eux. Je pus trouver une femme de 40 ans, dont je demandai l’aide et que je nommai responsable. 

Le 6 janvier 1907 cette salle fut inaugurée pour recevoir les 50 enfants. Elle avait déjà été un peu utilisée avant mais elle fut inaugurée ce jour là. A travers toute l’Italie, le 6 janvier est considéré comme « le » jour de fête des enfants. C’est ce jour là que les Rois Mages arrivèrent devant l’enfant Jésus pour lui offrir des présents. Il est célébré comme la Fête de l’Epiphanie. 

Il était frappant à l’époque de constater cet intérêt de la société imprégnée de l’idée que donner des maisons saines aux sans abris serait le moyen de purifier le noyau difficile dans leur milieu qui était  composé de milliers de criminels et d’humanité pitoyable. J’étais aussi imprégnée de ce sentiment. 

Mais alors que chacun avait l’idée que donner des maisons  purifierait les gens, personne n’avait pris les enfants en considération ; personne n’avait pensé à apporter des jouets ou de la nourriture pour eux. Quand les enfants, rangés par âge de 2 à 6 ans, entrèrent, ils étaient tous habillés de la même façon dans du coutil bleu épais et lourd. Ils étaient effrayés et, gênés par le tissu empesé, ne pouvaient bouger librement les bras et les jambes. En dehors de leur propre communauté, ils n’avaient jamais vu personne. Pour les faire se déplacer ensemble, on les faisait se donner la main. Le premier enfant récalcitrant était tiré, entraînant ainsi le reste de la file. Ils pleuraient tous misérablement. La sympathie des dames de la haute société était touchée et elles exprimèrent l’espoir qu’ils s’amélioreraient dans l’espace de quelques mois. 

On me demanda de prononcer un discours pour l’occasion. Tôt ce jour-là, me rappelant que c’était la fête de l’Epiphanie, j’avais lu la leçon dans mon livre de messe. Quand je prononçai mon discours, je lis comme un présage pour le travail à venir : 

Lève-toi, sois éclairée, O Jerusalem car ta lumière arrive, Et la gloire de l’Éternel se lève sur toi.
Voici, les ténèbres couvrent la terre, Et l’obscurité les peuples; Mais sur toi l’Éternel se lève, Sur toi sa gloire apparaît. Des nations marchent à ta lumière, Et des rois à la clarté de tes rayons.
Porte tes yeux alentour, et regarde: Tous ils s’assemblent, ils viennent vers toi; Tes fils arrivent de loin, Et tes filles sont portées sur les bras. Tu tressailliras alors et tu te réjouiras, Et ton coeur bondira et se dilatera, Quand les richesses de la mer se tourneront vers toi, Quand les trésors des nations viendront à toi. Tu seras couverte d’une foule de chameaux, De dromadaires de Madian et d’Épha; Ils viendront tous de Séba; Ils porteront de l’or et de l’encens, Et publieront les louanges de l’Éternel 

Je ne sais pas ce qui me prit mais j’eus une vision et en fus inspirée, j’étais emportée et dis que ce travail que nous étions en train d’entreprendre s’avérerait être très important et qu’un jour des gens viendraient de toute part pour le voir. 

En rapportant ce nouveau caprice de la haute société, la presse indiqua aussi que le Docteur Montessori avait fait un beau discours mais quelle exagération dans ce qu’elle a dit : 

C’est alors que le vrai travail commença. 

Rappelez vous que tous ces enfants étaient complètement illettrés. Leurs parents étaient également illettrés et ils étaient nés et avaient grandi dans l’environnement que j’ai décrit. 

Ce qui est arrivé il y a plus de trente ans maintenant restera toujours un mystère pour moi. J’ai essayé depuis de comprendre ce qui s’était passé chez ces enfants. Il est sûr qu’il n’y avait rien que de ce qu’on doit trouver dans une Maison des Enfants. Il n’y avait de grandes tables grossières. 

Je leur apportais un peu du matériel qui avait été utilisé pour notre travail en psychologie expérimentale, ce matériel qu’on utilise maintenant comme matériel sensoriel et du matériel pour les exercices de vie pratique. Je voulais juste étudier les réactions des enfants. Je demandai à la personne responsable de n’intervenir en aucune façon auprès d’eux sinon je ne pourrais pas les observer. Quelqu’un leur apporta du papier et des crayons de couleur mais ce n’est pas l’explication des évènements ultérieurs. Personne ne les aimait, moi-même je ne leur rendais visite qu’une fois par semaine et ce jour-là les enfants ne communiquaient pas avec leurs parents. 

Les enfants étaient calmes, ils n’étaient dérangés ni par l’enseignant ni par les parents, mais leur environnement contrastait beaucoup avec celui auquel ils étaient habitués ; comparé à celui de leur ancienne vie, cela paraissait extrêmement beau. Les murs étaient blancs, il y avait une parcelle d’herbe dehors bien que personne n’aient encore eu l’idée d’y planter des fleurs, mais le mieux de tout était le fait qu’ils avaient des occupations intéressantes pendant lesquelles personne mais vraiment personne ne les dérangeait. Ils étaient laissés seuls et peu à peu les enfants commencèrent à travailler avec concentration et la transformation qu’ils avaient entreprise était  perceptible. De timides et sauvages qu’ils étaient au début, les enfants étaient devenus sociables et communicatifs. Ils montraient une relation différente avec l’autre que j’ai décrite dans mes livres. Leurs personnalités se développaient et aussi étrange que cela puisse paraître, ils faisaient preuve d’une compréhension extraordinaire, d’activité, de vivacité et de confiance. Ils étaient heureux et joyeux. 

Ce fait fut perçu quelque temps après par les mères qui vinrent nous en parler. Comme les enfants n’avaient eu personne pour leur enseigner ou interférer dans leurs actions, ils agissaient spontanément, leurs manières étaient naturelles. 

Mais la chose la plus frappante au sujet de ces enfants étranges du quartier de San Lorenzo était leur gratitude évidente. J’en étais vraiment surprise. Quand j’entrais dans la pièce, tous les enfants bondissaient pour me saluer et m’accueillir chaleureusement. Personne ne leur avait enseigné les bonnes manières. Et la chose la plus étrange était que, bien que personne ne s’occupait d’eux physiquement, ils étaient en pleine forme comme s’ils avaient été nourris en secret d’une nourriture riche. C’était bien le cas mais dans leur esprit. Ces enfants commencèrent à remarquer des choses à la maison, une tache sur la robe de leur mère ou le désordre dans une pièce. Ils dirent à leur mère de ne plus accrocher la lessive à la fenêtre et d’y mettre des fleurs à la place. Leur influence se propageait à la maison de sorte qu’au bout d’un moment elle était transformée. 

Six mois après l’inauguration de la Maison des Enfants, quelques mères vinrent me voir et me supplièrent, comme j’avais déjà tant fait pour leurs enfants  et comme elles-mêmes ne pouvaient pas faire du fait qu’elles étaient illettrées, d’apprendre à lire et à écrire à leurs enfants. 

Au début, je ne voulais pas, persuadée comme tout le monde que les Enfants étaient beaucoup trop jeunes pour ça. Mais je leur donnais l’alphabet comme je l’ai décrit. Et, c’était quelque chose de nouveau pour moi aussi, j’analysais les mots pour eux et montrais que chaque son du mot avait un symbole qui le matérialisait. C’est à ce moment là que l’explosion de l’écriture se produisit. 

La nouvelle se répandit et le monde entier s’intéressa à cette phénoménale activité d’écriture de ces enfants qui étaient si jeunes et qui n’avaient pas reçu d’enseignement. Les gens réalisèrent qu’ils étaient confrontés à un phénomène qui ne pouvait s’expliquer car en plus de l’écriture, ces enfants travaillaient tout le temps sans y être forcés par qui que ce soit. C’était une grande révélation mais pas la seule contribution des enfants. C’est eux qui ont créé la leçon du silence. Ils semblaient être un nouveau genre d’enfants. Leur renommée se répandait et par conséquent beaucoup de gens rendaient visite à la Maison des Enfants, y compris des ministres d’Etat et leur femme, avec lesquels les enfants se comportaient gracieusement et admirablement, sans empressement, et les journaux en Italie et à l’étranger commencèrent à s’y intéresser. La nouvelle se répandit jusqu’à ce que finalement la Reine s’y intéressa. Elle vint dans ce quartier si malfamé qu’il était considéré comme les portes  de l’enfer, pour voir d’elle-même les enfants dont elle avait entendu les merveilles. 

A quoi était dû l’émerveillement ? Personne ne pouvait le dire clairement. Mais je fus définitivement conquise car cela me pénétrait le cœur comme une nouvelle lumière. Un jour je les regardais avec des yeux qui les voyaient différemment et je me demandais : « Qui êtes vous, êtes-vous les mêmes enfants qu’avant ? » Et je me dis à moi-même : « Vous êtes peut-être les enfants dont on disait qu’ils viendraient pour sauver l’humanité. Si c’est ça, je vous suivrai ». Depuis, je suis celle qui essaie de comprendre leur message et de les suivre. 

Mais pour les suivre, je changeais complètement ma vie, j’avais presque 40 ans. J’avais devant moi une carrière de médecin et une chaire à l’Université. Mais j’ai tout laissé car je me sentais obligée de les suivre et d’en trouver d’autres qui pourraient les suivre car je voyais en eux le secret de leur âme. 

Vous devez réaliser que ce qui s’était produit était quelque chose de si grand et si excitant que son importance ne pourrait jamais être suffisamment reconnue. Qu’elle ne sera jamais suffisamment étudiée, c’est  certain, car c’est le secret de la vie lui-même. On ne peut pas en connaître exactement les causes. Il n’est pas possible que cela soit arrivé à cause de ma méthode, car à cette époque ma méthode n’existait pas encore. C’est la preuve la plus claire qu’il s’agissait d’une révélation qui émanait des enfants eux-mêmes. 

Ma méthode éducative a évolué à partir de ces révélations et également à partir de beaucoup d’autres, données par les enfants. Vous savez de ce que je vous ai dit, que tous les détails compris dans la méthode, sont venus des efforts à suivre les enfants. On nous avait montré la nouvelle voie. Personne ne sait exactement comment c’est arrivé, ça s’est produit et nous a montré la nouvelle voie. 

Cela n’a rien à voir avec une méthode éducative du passé ni avec une méthode éducative du future. Il s’agit de la contribution de l’enfant lui-même. C’est peut-être la première de son espère, qu’il a construite étape par étape. 

Cela n’a pas pu émaner d’une personne adulte ; la pensée, le principe même que l’adulte doit se tenir à côté pour laisser la place à l’enfant, n’aurait jamais pu venir de l’adulte. 

Toute personne qui désire suivre ma méthode doit comprendre qu’il ne doit pas m’honorer mais plutôt suivre l’enfant comme son guide. 

Maria Montessori

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Alain LEFEBVRE  explique les 3 piliers de l’éducation

On en sait aujourd’hui assez sur la psychologie de l’être humain pour identifier les trois éléments qui sont indispensables à l’épanouissement de tout individu : la confiance en soi, l’imagination et la motivation.

C’est avec ces éléments que l’adulte peut accomplir de grand-chose mais c’est évidemment encore plus vrai avec l’enfant : tous les parents savent (ou devraient savoir) que sans motivation, il est illusoire d’obtenir le moindre résultat scolaire ou autres de la part de ses enfants.

Ce sont donc ces éléments qu’on devrait cultiver et favoriser lors de tous les apprentissages puisqu’ils sont clés dans le devenir et la réussite de l’individu. Revenons ensemble sur ces éléments par ordre d’importance et commençons donc par l’imagination.

L’imagination n’est pas seulement la source de la créativité, c’est également la principale force directrice des êtres pensants que nous sommes et, face à elle, la volonté ne fait pas le poids !

Cette affirmation provoque toujours le scepticisme car notre culture valorise la volonté, signe de discipline alors que l’imagination est, quant à elle souvent rabaissée au rang de défaut… Ne dit-on pas « une imagination débordante » ?

Et pourtant, nous allons voir que la volonté pèse peu si elle n’est pas en accord avec l’imagination.

En effet, lorsque volonté et imagination sont en conflit, c’est toujours, toujours l’imagination qui l’emporte… Vous en doutez ?

Alors représentez-vous la scène suivante : on vous demande de parcourir une planche de 15 mètres de long et de 15 cm de large alors que celle-ci est posée à 15 cm du sol… Vous le faites facilement et le sourire aux lèvres. Maintenant, imaginez-vous que cette même planche soit hissée entre deux grands arbres et donc à 15 mètres du sol… Malgré toute votre bonne et forte volonté, vous ne pourrez la parcourir qu’à condition que votre imagination vous communique l’idée que, oui, vous en êtes capable. Autrement, vous resteriez paralysé d’un côté, même si un enjeu important vous commandait de la franchir.

L’imagination gagne toujours, la volonté ne peut vous aider : vous ne pouvez accomplir telle ou telle tâche que si et seulement si votre imagination vous souffle que c’est dans vos possibilités. Autrement, même le plus grand effort de volonté ne vous sera d’aucun secours : vous échouerez immanquablement. Voilà pourquoi il vaut 100, 1000 fois mieux éduquer l’imagination que la volonté lors des apprentissages, quels qu’ils soient.

On peut réviser le vieux principe qui disait « quand on veut, on peut » en « quand on croit, on peut » (Maria Montessori, elle, écrivait dans un de ses livres « quand on veut, on se meut ! ») !

Oui mais croire en quoi, en Dieu ?

Non, croire en soi, tout simplement…

Admettons diront les sceptiques, mais comment fait-on pour croire en soi et en ses capacités ?

C’est ici qu’il faut aborder la question de la confiance en soi. Celle-ci découle directement de l’imagination : si vous pensez être capable d’accomplir une action, alors le sentiment de confiance vous habite et rend la tâche aisée, voire même plaisante. Prenons un exemple : de nombreuses personnes détestent l’idée de devoir parler en public et sont prêtes à renoncer à d’importants avantages pour éviter cette épreuve. Pour certains, au contraire, ils adorent cela car, dans ce contexte, ils ont une grande confiance en eux et dans leur capacité à s’exprimer devant un auditoire. De nouveau, incontestablement, on retrouve l’imagination.

Si j’imagine que je peux parler en public, alors, je vais être effectivement capable de le faire et j’aurais une grande confiance en moi avant de me lancer. On voit ici qu’au final, ces deux notions sont liées. Tout comme l’imagination, la confiance en soi, ça se cultive.

Pour cela, on doit répéter à l’enfant qu’il « en est capable », que « bien sûr qu’il peut le faire » et ainsi de suite tout en évitant soigneusement toutes les affirmations négatives qui vont saper son potentiel de self estime si précieux. La confiance en soi est donc une base, un socle qui devrait être l’objectif prioritaire de tous les parcours éducatifs.

Tout cela est bien joli diront les toujours sceptiques mais cela semble tourner en rond : il faut de la confiance en soi pour se croire capable d’accomplir des tâches et il faut croire en ses capacités pour avoir confiance en soi… C’est le serpent qui se mord la queue finalement !

Ce cercle vicieux est facile à transformer en cercle vertueux grâce à la motivation, l’énergie qui rend possible tous les mécanismes mentaux.

La motivation produit cet état d’esprit favorable où l’on est en mesure de surmonter tous les obstacles et où l’énergie pour le faire est abondante. Mais, hélas dira-t-on, la motivation ne se commande pas. Est-ce si sûr ?

Car, en fait, la motivation est comme l’imagination et la confiance en soi, ça s’entretient. Pour les adultes, il y a des « coachs » (c’est à la mode), pour les sportifs il y a des entraîneurs et pour les enfants, qui donc vont développer et entretenir leur motivation ?

Les éducateurs bien entendu !

On a tous en mémoire l’exemple d’un professeur enthousiaste qui réussissait à vous faire apprécier la matière qui vous paraissait rébarbative l’année précédente (et qui est redevenue sans intérêt quand vous avez « perdu » ce professeur l’année suivante…). L’éducateur est clé pour motiver ces élèves et c’est son attitude qui détermine la motivation de ses élèves. Faire naître et préserver la motivation de son groupe devrait être le souci numéro un de tout éducateur car c’est avec l’envie qu’on assimile et qu’on comprend alors que l’ennui, en revanche, anéanti tous les efforts de volonté (où l’on retrouve une fois de plus la grande impuissance de la volonté !). La motivation est directement liée à la notion de plaisir : plaisir de réussir un challenge, plaisir de surmonter une difficulté, plaisir du travail bien fait, plaisir de la découverte, plaisir dans l’accomplissement facile d’une tâche qui paraît difficile à d’autres. C’est en faisant valoir ce plaisir accessible que l’éducateur saura faire naître la motivation dans son groupe.

Le triptyque imagination/confiance en soi/motivation devrait donc être les trois piliers de tous les programmes éducatifs puisqu’ils sont les pivots incontournables de tous les apprentissages.